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Dextrarum iunctio

Plus que toute autre, la question de la mort semble avoir fait naître des divergences insurmontables entre les religions.

Il parait difficile à première vue d'établir un lien entre les espérances posthumes d'un chrétien, d'un juif, d'un bouddhiste tibétain ou d'un égyptien des temps pharaoniques. Cette difficulté découle d'une méprise sur la nature des vérités énoncées. Les défauts de concordance sont le fait d'éclairages particuliers. Si les cultures traditionnelles procèdent chacune d'un génie spécifique, elles ne se distinguent entre-elles qu'illusoirement...

Loin de vouloir trouver une réponse exhaustive et catégorique sur un sujet qui, par définition, dépasse les facultés rationnelles, la connaissance analytique et l'expérience ordinaire nous laissent cependant deviner et entrevoir dans la mort une unité de destin, un processus existentiel possédant une logique propre.

Or, cette recherche d’une importance vitale, de toute évidence, s’exerce à contre-courant de la plupart des tendances que nous voyons s’affirmer aujourd’hui, non seulement dans les sciences humaines, mais aussi, ce qui est beaucoup plus grave, dans le domaine religieux.

Et pourtant, un tel effort de synthétisation, loin d’être réducteur, ferait état d’un socle commun, faisant apparaître le meilleur de chaque religion, c’est-à-dire son aspect initiatique. Une étude attentive démontrera que les doctrines n'ont jamais été dictées de toutes pièces, ni imposées à la croyance aveugle mais qu'elle sont nées de l'observation et déduites de l'expérience. En réalité, il suffirait de s’attacher à cerner le caractère foncier, la nature constitutive des traditions religieuses, quelles qu’elles soient, leur nucléus, pour découvrir une seule et même vision principielle et totalisante. Pour reprendre une expression bouddhique, les différents dogmes pourraient être qualifiés de moyens habiles qui sont autant de manières relatives de saisir l'absolu transcendant. Il ne s’agit pas de nier leurs différences, mais de les considérer comme une richesse. Débats et divergences entre ceux-ci ne doivent pas être vus comme des clivages, mais comme autant d’hommages scrupuleux faits de points de vue différents à la même vérité ineffable.

Car, s’agissant d’histoire des religions - pour le dire avec les mots du Pr. Pascal Picq, responsable de l'Unité de paléoanthropologie et d'anatomie fonctionnelle au Collège de France - les spécialistes admettent aujourd’hui et s’accordent à relever le déploiement sur des millénaires, depuis le haut-paléolithique au moins, sinon antérieurement, d’une constante cosmogonique, d’une théologie naturelle, d’une conciliance...

                       
Mais, n'était-ce pas déja en substance l'intuition du prophète Malachie (〜 Vᵉ s. av. J.-C.) lorsqu'il écrit que le Dieu d'Israël est glorifié dans le monde entier sous des identités différentes ? 

« Car depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant,  mon nom est grand parmi les nations, et en tout lieu on brûle de l’encens en l’honneur de mon nom et l’on présente des offrandes pures ; car grand est mon nom parmi les nations, dit l’Éternel des armées » (Mal 11). Ces paroles reviennent à affirmer que toutes les formes d'adoration, y compris les plus élémentaires, conduisent finalement au service du même Dieu.

Au lieu de nous en tenir à l’enseignement de telle ou telle religion, ne serait-il pas plus judicieux de remonter jusqu’à la source de toutes les traditions ?

 

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