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Vents d'Ouest

L’anthropologie l’atteste, la religion des origines s’articule autour de l’idée que la mort n’est qu’un passage

C’est-à-dire, ce que nous entendons par transvitalisme.

mesopotamia

Depuis toujours, l'homme a ritualisé la mort. Néandertal couchait ses défunts en position fœtale pour suggérer un retour à l’origine. Du rite est né l’art funéraire dont on a pu dire qu’il est le berceau de l’art.

Bon nombre des réalisations artistiques les plus connues comme les grottes de Lascaux, les pyramides d'Égypte, le mausolée de l'empereur Qin, celui d'Halicarnasse, le bateau-tombe de Sutton Hoo et le Taj Mahal, sont des tombeaux.

Dès l’origine, l’homme est un « Homo æstheticus » au sens plein du terme.

Dans toute société des conduites appropriées sont prescrites vis à vis des mourants. Nous ne pouvons ignorer certains faits qui renvoient à l’intentionnalité de l’acte funéraire dès son apparition. Lors de l'ensevelissement, le rituel revêt une dimension de sacralité en accordant une attention particulière à la disposition du corps et à l’ordonnancement de l'équipement mortuaire. Accompagnés d’un matériel d’origine minérale, animale ou céramologique, les sépultures ne sont jamais disposées de façon fortuite.

Poignée mains bardoLe dépôt d'objets avec une intention esthétique apparente remonte à l'homme de Néandertal et il est connu et pratiqué de presque toutes les cultures ultérieures. En Espagne, un biface en quartzite rouge fut découvert parmi la trentaine de squelettes du puits funéraire de la Sima de los Huesos à Atapuerca. Cette pièce en matériau choisi, de couleur particulière, représente une offrande déposée à côté des morts ; tout le contexte atteste d’un comportement hautement symbolique de la part d’anté-Néandertaliens datant d’environ 400 000 ans.

horemhebLes fouilles de sites préhistoriques un peu partout dans monde ont mis au jour de véritables nécropoles dont la stratigraphie révèle l’occupation des espaces sur de très longues périodes. Ces témoignages enseignent que la mort avait une importance capitale dans le quotidien des populations anciennes ; preuve en est, la spécialisation d’une certaine industrie pour la fabrication des objets destinés aux pratiques funéraires.

Mastarna freeing Caelius Vibenna tablinum of the François Tomb Vulci Villa AlbaniLes modes d’inhumation (crémation, embaumement, momification) constituent les prémisses du sentiment religieux. Les monuments funéraires, dès le stade embryonnaire, évoquent l’idée d’un départ accompagné de gestuelles et d’offrandes qui marquent combien la condition des morts est différente de celle des vivants. Lui ériger une tombe, c’est transposer le défunt vers un ailleurs ; le projeter dans une autre dimension.

2 Botticelli AnnunciationNBConvenons qu’il s’agit ici d’une glorification du mort, ce qui suppose une méthode et une pratique destinées à faciliter son passage vers un au-delà alourdi de mystères. Honorée, voire divinisée, la mort ne renvoie pas au néant. Bien au contraire, on lui attribue une puissance bénéfique (le mana), protectrice de la communauté. La mort, pour les sociétés protohistoriques, n’est aucunement une fin ou une extinction de l’être. Ces populations ont voulu maintenir un lien avec les disparus et, en leur rendant un culte, elles pouvaient espérer attirer la bienveillance des forces mystérieuses et apaiser, par la même occasion, les âmes devancières dans l’au-delà.

Toutes les grandes traditions spirituelles y compris, bien sûr, le christianisme, ont clairement affirmé que la mort n’était pas une fin ainsi que le chante l'Église romaine dans sa Préface des défunts : Vita mutatur, non tollitur (« la vie est changée mais non ôtée »). Elles nous ont toutes transmises la vision d’une vie future qui imprègne notre existence présente d’un sens sacré. Voilà l’assentiment premier auquel tous les fondateurs ont puisé l’essentiel de leurs enseignements. La mort doit être conçue comme un changement d'état et il importe de rechercher en quoi consiste ce changement d'état, c'est-à-dire quelle est l'évolution posthume de l'être humain.

30741464 1723521334383280 4058310741109768192 nL’homme est un être pour la transvie. Cela, toutes les civilisations l’on su et enseigné. La nôtre qui est une fuite générale devant cette réalité, n’est qu’une triste parenthèse. Naguère encore, la mort était nouée à la vie quotidienne. Toute l’existence se tendait vers ce moment décisif. Nul ne doutait qu’une éducation à la mort fût indispensable depuis le premier âge.

Sachant vivre, on saura mourir...

De nos jours, on apprend à nier la mort et à croire qu’elle ne représente rien de plus qu’un anéantissement et une perte. Malgré ses prouesses technologiques, la société moderne ne possède aucune compréhension réelle de ce qu’est la mort, ni de ce qui se passe pendant et après celle-ci. Ainsi, la majeure partie du monde vit soit dans le refus de la mort, soit dans la crainte qu’elle lui inspire. Pourquoi sommes-nous devenus incapables de voir la mort comme une heureuse fortune ? N’est-il donc pas inquiétant qu’on ne nous enseigne, ni ce qu’est la mort, ni comment mourir ? Que l’on ne nous donne aucun espoir en ce qui existe après la mort et, par conséquent, aucun espoir en ce qui est réellement sous-jacent à la vie ? N’est-il pas paradoxal que les jeunes reçoivent une éducation dans tous les domaines, sauf dans celui qui détient précisément la clé de l’entière signification de l’existence ?    << Précédent <<       >> Suivant >>