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Arcana cœlestia

Quand on n’a plus que le corps pour vivre, son immortalité devient une hantise. Voilà le fonds de commerce du transhumanisme. Parce que Dieu est mort, les hommes se sont mis en quête de devenir immortels par des moyens autres que spirituels. Une immortalité qui passerait par la technique et la pharmacie. Ce phantasme s’empare des progrès de la médecine et de la chirurgie pour mettre au monde un corps régénérable et en pièces détachées : botox, implants et greffes de toutes sortes en témoignent. Son credo : la jeunesse interminable de l’humanité. Son horizon ? Le corps. Centré sur le corps, le corps-ego, le fétichisme vaniteux des temps post-modernes néglige tout ce qui l’entoure, en particulier la dimension de l’être collectif…

On peut facilement observer à quel point le fait de nier la réalité des perspectives transvitalistes est porteur de conséquences désastreuses qui s’étendent bien au-delà de l’individu. Elles affectent la planète entière. Fondamentalement persuadée qu’il n’existe aucune autre vie que celle-ci, la société moderne n’a développée aucune vision à long terme. « Mangeons et buvons, au besoin tuons car demain nous mourrons ».

La destruction de notre environnement est alimentée par la peur de la mort et par l’ignorance d’une vie après la mort et constitue une menace pour notre vie à tous.

La transvie n’est pas un problème, c’est le problème de notre temps 

« Quel plus grand don pouvait être accordé aux créatures », s’interroge Simone Weil, « que la mort ? » Sans foi réelle et authentique en une vie après la mort, les hommes mènent une existence dépourvue de toute signification ultime. La notion de vie éternelle contient tout et explique tout : elle est par excellence le mystère de clarté.
Swedenborg

boece3webLa croyance en la vie future ne déprécie pas la vie présente. Bien au contraire elle la stimule et la revalorise. Ceux qui croient en une transvie après celle-ci envisageront leur existence de façon complètement différente, éprouvant un sentiment aigu de leur responsabilité et ressentant la nécessité de vivre selon une morale personnelle exigeante. Dans une perspective transvitaliste, il n’y a plus de précipitation, d'avidité possible. L’éternité est déjà nôtre. Au contraire, ceux qui ne sont pas fermement convaincus de l’existence après celle-ci créent une société polarisée sur des résultats à court terme, sans guère se soucier de la conséquence de leurs actions.

Tout ceci nous montre, avec une acuité douloureuse, combien il est nécessaire que s’opère, aujourd’hui plus que jamais, un changement fondamental dans notre attitude envers la mort.

Ingmar BergmanLa condition itinérante de l’homme fait de lui, selon l’expression de Gabriel Marcel, un Homo viator. L’itinérant se situe dans l’ordre de la transcendance, il s’achemine vers un au-delà. Une terre promise qui ne révèle jamais son secret à l’avance. Gabriel Marcel nous dira encore que «le symbolisme de tous les temps» a pressenti le voyage de l’âme, mais qu’ «une scholastique exsangue est venue recouvrir, aveugler cette intuition ».

dtsuzuki5L'Humanité se cherche, elle cherche sa conscience d'organisme gigantesque, sa personnalité mondiale, si l'on peut dire. Dans la période où nous sommes, la découverte de réels horizons transvitalistes, loin de nuire au peu de solidarité humaine qui subsiste sur terre, lui apportera un complément d’âme en établissant une solidarité nouvelle avec les morts. Ces deux solidarités se conjoignant, nous pourrons entrer progressivement en possession de notre destinée commune : la réalisation de l'Humanité intégrale.

On pourra dès lors aborder le réel de manière non fragmentée : les mondes matériel, psychique et spirituel, constituant les émanations d’une seule et même Énergie divine en perpétuel devenir.

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