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Vents d'Est

b1 5Mais comment cerner la foi des origines ? Quelle en sera notion centrale ? Quel en sera le socle primitif ?

Selon Rudolf Otto (1869–1937) l’élément commun dans le sacré, c’est le numineux (concept qu’il élabore depuis le latin « numen », la puissance agissante de la divinité) caractérisé par le tremendum et le fascinans, l’effroi ou la terreur de la divinité dans tout ce qu’elle a d’incompréhensible et de mystérieux : les manifestations redoutables d'un démiurge masqué, d'un « Tout autre » ineffable qui envoûte le réel, et que les rituels tels que la prière, l’adoration, le silence ou, au contraire des danses extatiques, permettraient d’approcher et d’apprivoiser. Le sentiment religieux serait donc avant tout l’expression d’un sentiment de dépendance face à la divinité transcendante.

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Avec Mircea Eliade (1907-1986) on relèvera comme caractéristique du sacré la structure ouranienne et ses traits fondamentaux.



La croyance en un Être divin céleste, créateur de l'univers et garant de la fécondité sur terre est presque universellement partagée. La théophanie ne se réduit pas aux réalités météorologiques. Doué d'une prescience et d'une sagesse infinie, le dieu ouranien veille à l'observance des lois et foudroie celui qui les enfreint. Il préside aux rites du renouvellement des saisons, de la végétation, de la fécondité agraire, de la périodicité, de la restauration du temps mythique. Dans les religions sidérales, dans les mythes de répétition et de réintégration (éternel retour, cycle des renaissances), la mort est perçue comme le prolongement de la condition humaine, un passage dans l'au-delà. L’âme du défunt gravit les sentiers d'une montagne, ou grimpe sur un arbre ou sur une corde ou bien encore sur une échelle. Ce qui est "en haut", "l'élevé", révèle le transcendant dans n'importe quel ensemble religieux. Des analogies se font jour avec certains phénomènes naturels. Ainsi, la mort serait comme le sommeil (suivi du réveil), comme l'hiver (suivi du printemps). L'enfouissement des corps est apparenté à celui des graines en agriculture. 

Capture1mains2Marcel Mauss (1872-1950) de son côté a popularisé et conceptualisé le terme polynésien de mana qui désigne une force surnaturelle. Il nous présente, réunies sous un vocable unique, une série de notions : le pouvoir du sorcier, la qualité magique d'une chose, d’être incanté, d’agir surnaturellement. Or, les êtres magiques par excellence, souligne-t-il, ce sont les âmes des morts et tout ce qui touche à la mort : témoin, le caractère éminemment magique de la pratique universelle de l'invocation des défunts. De manière générale, tous les morts, cadavres et esprits, forment, par rapport aux vivants, un monde à part, où le magicien puise ses pouvoirs.

Si l’on fait rapidement l’addition, la foi de nos ancêtres les plus reculés tient aux rites ouraniens de la fertilité, au numineux, au mana… Pour Adolf Bastian (1826-1905), les spécificités relatives au contexte géographique et historique expliquent les différences entre les traditions locales qu'il appelait "idées populaires" (Völkergedanken). Pour lui, ces idées populaires renvoient toutes à des notions universelles (Elementargedanken). 

Autant dire, en un mot, au culte des morts.

 

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